« L’écriture de Jean-Luc Lagarce : de l’impossibilité de modifier son histoire » Françoise Heulot-Petit, Université d’Artois. Les textes de Lagarce mettent souvent en
scène des personnages qui revisitent leur passé. Le dialogue ne parvient à avancer que dans cette rumination incessante et cette volonté de préciser une histoire. Dès lors, le récit se
propage, altérant l’avancée du temps, élargissant la présence-absence d’un hors champs passé. Ce récit est intimement lié au processus de la reconnaissance, défini par Aristote
comme « renversement qui fait passer de l’ignorance à la connaissance, révélant hostilité entre ceux qui sont désignés pour le bonheur ou le malheur ». Or ce processus
est mis à mal quand l’identité fait défaut et que la définition de soi est toujours retardée. En nous appuyant essentiellement sur Le Pays Lointain, nous observerons les déraillements
des mécanismes de reconnaissance, le rôle pour le lecteur-spectateur des indices d’identité, en nous attachant ensuite à la prolifération du récit et à sa construction interne afin de
montrer comment l’impossible reconnaissance de soi dépend de la relation distendue qu’entretiennent les personnages de Lagarce, personnages qui semblent condamnés au monologue.